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Monday, November 14, 2016

silence...


Le matin, nous nous séparons au même coin de rue. Je continue mon chemin en traversant vers le kiosque du fleuriste, près duquel je ralentis mes pas pour mieux regarder les fleurs, humer les parfums qui sont encore plus forts grâce à l’air frais de l’automne. Ensuite, je traverse le parc, un minuscule îlot entouré des chaussées et des voitures, couvert maintenant par des milliers de feuilles jeunes et rouges.

Ce matin, il pleut, mais comme l’hiver s’est échappé de sa prison, j’hume l’atmosphère des feuilles en train de donner leur dernier souffle mélangée à celle du froid d’hiver. L’hiver est encore timide, raide à force d’être resté blotti dans sa prison et il marche à pas de loup en arrachant au passage les soupirs de ceux qui comme moi se dirigent vers leurs bureaux.

Des dalles de basalte noir gisent au milieu de ce parc, pareils aux stèles funéraires d’un cimetière ottoman, tombés de travers dans l’oubli, car les vivants ont dû quitter à la hâte. L’automne les a ornées de ses feuilles, la pluie les a lavé de leurs pêchés de poussière.

Je marche sous la pluie abritée sous ce parapluie noir. Je suis habillée de noir, encore cette année, comme je l’ai été à pareille date l’année passée. Des deuils successifs, des racines enfouies.

Silence, pour laisser la pluie faire des siens, pour dégager le passage de l’hiver. 

Solitude, même quand je ne suis pas seule.

Sous la grisaille, la sérénité comme une bénédiction. Sinon, ce serait invivable.

Monday, November 10, 2014

Au centre d’achats

Nous déambulons dans un magasin grand surface et je regarde avec un certain intérêt une peau de mouton. Un achat n’est pas éminent dans ma tête, mais F se met à me raconter le dernier article cocasse qu’il a lu.

Il s’agit des habitudes nettoyage du… cul dans l’histoire humaine, en fonction de la classe sociale. Les premiers papiers toilettes ont été fabriqués en Chine au IIe siècle av. J.-C. Mais les pays européens ne connaissaient pas cette merveille. Si les pauvres, m’explique-t-il d’une manière assez docte, utilisaient les feuilles, les riches recouraient aux morceaux de peau de mouton. Quant aux rois, ils avaient des serviteurs désignés pour cette délicate tâche.

Dégueulasse, j’en conviens, dégueulasse, je lui répète devant l’avalanche de détails. Sur l’allée, il n’y avait qu’un homme seul absorbé dans la lecture d’une étiquette de boîte de chocolats (nous sommes dans l’allée du chocolat), nous avons donc continué à nous chamailler et à rire, sans faire attention, comme si nous étions seuls dans le magasin.

Arrivés au bout de l’allée du chocolat, nous entendons quelqu’un nous dire : excusez, excusez. Nous nous retournons pour nous retrouver devant le monsieur que nous avons dépassé dans l’allée. À quoi faisiez-vous référence en disant dégueulasse, veuillez m’excuser. À une histoire que mon mari me racontait… vous aimeriez savoir, c’est en effet dégueulasse : il s’agit de nettoyage de l’anus dans l’histoire de l’humanité. Je suis désolée, je lui explique embarrassée, c’est dégueulasse!

Oh, nous dit-il, ils ont répandu du fumier dans les champs environnants, cela sent très fort et j’ai cru que vous avez pensé, en passant près de moi, que j’ai fait une bêtise. Mais non, il se trouve que notre sujet de discussion...

Il est disparu embarrassé et en nous dirigeant vers les caisses :
1. Nous avons senti l’odeur de fumier
2. Nous l’avons cherché du regard pour lui demander de nous excuser et lui dire que nous espérons n’avoir pas gâché sa soirée.

Morale de l’histoire : ne jamais oublier que les mots d’une discussion anodine peuvent résonner, hors contexte, différemment dans la tête d’un témoin involontaire.